Quand l’architecture d’intérieur devient un outil de storytelling
Dans l’hôtellerie, notamment en moyenne gamme, on observe un paradoxe : beaucoup d’établissements s’efforcent de « faire bien », mais peu laissent un souvenir marquant. Les lieux sont propres, fonctionnels, vaguement dans l’air du temps. Mais quelle histoire racontent-ils ?
L’expérience client commence dès l’entrée. Dans le volume d’un hall, la texture d’un mur, la lumière d’un couloir. Un bon agencement, une palette bien choisie, un rythme visuel maîtrisé : tout participe au ressenti.
Ce qui fait la différence, ce n’est pas un objet, ni une couleur. C’est le concept.
Un fil conducteur, une vision, un propos. Et aujourd’hui, ce concept prend de plus en plus la forme d’un storytelling. L’espace devient un récit. Il plonge le voyageur dans un univers, il évoque une ambiance, une époque, une émotion.
Dépayser, c’est raconter.
C’est offrir une expérience qui dépasse le simple hébergement. C’est créer une cohérence narrative entre ce que l’on voit, ce que l’on ressent, et ce que l’on retient. Le storytelling donne un sens aux choix esthétiques et structure la mémoire du lieu.
Certaines enseignes, comme Mama Shelter, l’ont bien compris : leur force ne tient pas à un style figé, mais à un langage visuel et culturel, identifiable à chaque adresse, mais réinterprété selon le contexte.
Même avec un budget contraint, un établissement peut se distinguer en assumant un parti pris clair :
- L’originalité affirmée (graphismes, objets inattendus, contrastes)
- L’ambiance réconfortante (matières chaudes, teintes enveloppantes, références familières)
- Le registre thématique (années 20, esprit jungle, atelier parisien…)
- La culture locale revisitée (artisanat, motifs, objets issus du territoire)
- L’humour ou le décalage assumé (ton léger, clins d’œil visuels, éléments ludiques)
Le haut de gamme peut s’offrir le luxe d’une narration sobre et durable.
Mais dès qu’il faut faire mieux avec moins, il devient encore plus stratégique de construire un récit immédiatement lisible. Le storytelling devient une réponse à la standardisation.
Un concept hôtelier, aussi juste soit-il, doit pouvoir vivre et évoluer dans le temps. Les matières vieillissent, les usages changent, les attentes évoluent. Un bon concept est un récit qui peut se réécrire sans perdre son fil.
Mon rôle, en tant qu’architecte d’intérieur, est d’imaginer un lieu qui parle. Non un décor figé, mais un univers capable de susciter l’émotion, d’engager le visiteur, de laisser une empreinte. Le projet commence là où commence l’histoire.

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